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La participation du soldat tunisien aux deux guerres mondiales

 

La première guerre mondiale

 

Quand la première guerre mondiale éclata (1914-1918), les autorités françaises décidèrent d’y faire participer des soldats tunisiens. Les unités cantonnées dans le protectorat étaient alors placées sous le commandement d’un général de division, ayant les prérogatives d’un général de corps d’armée. Il assurait, aussi, les fonctions de « ministre » de la défense de la Tunisie.

Par décret beylical, daté du 1er août 1914, les appelés des classes 1911, 1912, 1913, et les volontaires (11 989 soldats), ainsi que les réservistes des classes 1901 à 1910 (26 071 hommes) furent mobilisés. Le nombre des appelés de 1914 atteignait, quant à lui, trois mille recrues. Tel qu’on peut le constater, la France imposa à la Tunisie de participer massivement à ce conflit et d’enrôler le maximum de ses enfants comme combattants sur le front, ou comme ouvriers dans les industries (militaires et civiles), dans les champs et les fermes de l’Hexagone, afin de combler le vide laissé par la mobilisation des citoyens français.

En 1917, les autorités coloniales publièrent un arrêté enjoignant à tous les jeunes ayant atteint l’âge légal de se soumettre au tirage au sort. Seuls quatre cent neuf parmi eux furent réformés ; les autres, au nombre de 35 371, prirent le chemin des casernes ou des usines.

Des bataillons tunisiens ont participé aux grandes passes d’armes qui se sont déroulées sur le sol français. Les régiments de tirailleurs 4, 8, 16, 24 et 28 ont pris part aux batailles de Verdun et de Fort Douaumont. Les régiments 8, 16 et 28, ont, également, contribué efficacement à celle de Malmaison qui dura trois jours (23 – 25 octobre 1917). Le premier régiment cité y a perdu cent neuf morts, cinq cent soixante treize blessés et cent quinze disparus.

Les quatrième et huitième régiments de tirailleurs ont été présents aux batailles de Guise, la Marne, l’Aisne, la Somme, l’Artois et la Champagne. Ils furent rejoints par le quatrième régiment mixte (Zouaves – fantassins) en juin 1915, venu en renfort. Entre août 1914 et juillet 1915, le quatrième régiment a enregistré cent deux morts et quatre mille huit cent soixante douze blessés ou disparus, puis huit autres victimes et deux mille blessés et disparus lors de la seconde bataille de Champagne (5 septembre – 17 octobre 1917).

Au cours du premier conflit mondial, 80 000 hommes (dont 60 000 combattants) furent enrôlés en Tunisie. Treize pour cent d’entre eux (10 700) trouvèrent la mort sur les divers champs de bataille, beaucoup d’autres succombèrent suite à de graves maladies ou à des accidents. Trente mille furent affectés à la corvée des usines et des champs.

Ces soldats, souvent mal nourris, se sont battus dans des conditions climatiques pénibles auxquelles ils n’étaient point habitués (froid, neige, fange). Il exercèrent leurs talents sur divers théâtres de guerre (rues, tranchées, montagnes, forêts, étangs), participèrent aux grandes mêlées et aux guerres d’usure, accumulant, ainsi, une riche expérience sciemment exploitée par la suite par le commandement français. Le quatrième régiment de tirailleurs, qui s’est particulièrement illustré au cours de cette guerre, a obtenu cinquante et une citations collectives, six autres à l’Ordre de l’Armée et la Croix de la Légion d’honneur. Il figure parmi les huits premiers régiments français honorés de la Croix de guerre.

 

 

 

 

La seconde guerre mondiale (1933-1945)

 

La campagne de France (1939-1940)

 

Le 4e régiment de tirailleurs tunisiens  quitta Bizerte, à bord du vaisseau De Grasse, le 29 mai 1940 et débarqua à Marseille le premier jour du mois de juin. Il fut chargé, aussitôt, de la défense des accès de l’Oise, puis participa aux violents combats de l’Essarts, d’Albois, et de Montvilliers, où il perdit l’essentiel de ses effectifs (90 %). Les miraculés qui survécurent à cette hécatombe retournèrent à Kairouan le 30 août 1940.

 

Le 20e régiment de tirailleurs tunisiens

 

Il quitta la région de Zarat-Mareth au début du mois de février 1940 et arriva à Bizerte dix sept jours après, d’où il fut acheminé vers l’Hexagone (mars). On lui confia la défense du canal de la Somme, puis celle de la région de Harbonnières, voisine de la Loire. Le 28 août 1940, il regagna ses quartiers de Tunis.

 

Le 8e régiment de tirailleurs tunisiens

 

Il comptait, au début des hostilités, 1931 fantassins (soldats et sous-officiers) commandés par 45 officiers. Dès son arrivée en France, il fut affecté à la défense des environs de la Seine, notamment la Garenne-Colombes, avant de participer à la campagne de Perray-les-Etangs. Transféré dans l’Oise, il s’illustra dans les batailles d’Houville, de Francoville et de Princeville (16 – 17 juin 1940). Le 9 septembre 1940, il rebroussa chemin vers Tunis.

La participation de soldats tunisiens à la campagne de France (1940) fut, de l’avis même du commandement allié, efficace et positive. Mais le prix payé était très cher : 700 morts, 8000 blessés, prisonniers et disparus.

La campagne de Tunisie (Nov. 1942 - Mai 1943)

 

Les soldats tunisiens furent de nouveau sollicités pour prêter main forte aux troupes françaises et alliées lors de la campagne de Tunisie. Ils ont pris part activement aux batailles de Medjaz al-Bab, de Tébourba, d’Om al-Abouab (novembre-décembre 1942), du pont du Fahs (janvier-mars 1943), de la Dorsale et à bien d’autres affrontements. Le maréchal Juin, alors chef des forces françaises, nous rapporte, en témoin oculaire, « qu’après avoir assuré seuls, sur un front très large, la couverture des positions alliées en Tunisie, les forces franco-tunisiennes purent, par un hiver rude, occuper les monts de la Dorsale avec de faibles moyens et un matériel ancien, et attaquer sans répit pour réduire l’espace stratégique de l’ennemi. Elles supportèrent ensuite les frappes les plus dures de Rommel et s’accrochèrent avec énergie aux flancs de la Dorsale, en conservant les positions les plus importantes. À la reprise des offensives, ces combattants furent présents dans toutes les positions, et à l’avant-garde des défenseurs ». Malgré la dureté des combats, les Tunisiens ne perdirent que deux cent quarante hommes, dont vingt deux furent tués.

 

La campagne d’Italie (1943-1944)

 

Débarqué à Naples à la fin du mois de décembre 1943, le 4e régiment de tirailleurs tunisiens participa efficacement à percer le front ennemi à Cassino. En s’emparant de la position, hautement stratégique, du Belvédère (23 janvier – 23 février 1944), il coupa et désorganisa la ligne Gustave. Ces intrépides fantassins allaient par la suite exercer leurs talents de guerriers au cours des batailles de Castellone et de Garigliano dont l’issue positive ouvrit la porte aux Alliés (février-mars). Ces succès furent, cependant, chèrement payés : 207 tués, 1090 blessés et 75 disparus. Pour le maréchal Juin, le 4e régiment de tirailleurs tunisiens sacrifia, certes, beaucoup de vies sur l’autel du Belvédère, mais il y réalisa « des prouesses que l’histoire lui gardera longtemps ».

Sortis victorieux de ces affrontements, les soldats tunisiens s’ébranlèrent vers le Nord (mai-juin 1944) et s’illustrèrent de nouveau à Castelforte et à Sienne. Ils infligèrent de lourdes pertes aux défenseurs de l’Amiato (1700 m d’altitude) et les obligèrent à battre en retraite. Le 5 juin, ils entrèrent à Rome, et le 3 juillet à Sienne.

Le 4e régiment de tirailleurs tunisiens a perdu durant cette campagne les trois quarts de ses effectifs : 2266 hommes, dont 355 tués. Ce chiffre représente 74 % des pertes totales du régiment (3059 hommes) et 22 % de celles de la 3e division d’infanterie algérienne (10 272) dont il faisait partie. Elles constituaient 6,7 % du nombre total des victimes de cette unité forte de 29 431 hommes.

 

La seconde  campagne de France (Août 1944 - Mars 1945)

 

Les combattants du 4e régiment de tirailleurs tunisiens participèrent, au début de cette campagne, à l’assaut des positions stratégiques de Marseille, de Toulon et du col de Des Ferrières (27 – 28 août 1944). Ils s’illustrèrent, également, au cours des batailles des Vosges (décembre 1944) et de l’Alsace. Après leur victoire à Holnek (3 – 5 décembre) ils investirent les villes de Rocheson et d’Orbey (15 – 17 décembre). Au mois de mars de l’année suivante, ils s’emparèrent d’une position stratégique dans les monts des Vosges (1391 m) et du fort d’Orberhofen. Au cours de cette campagne, leurs pertes ont été de 1641 hommes, dont 204 tués.

 

La campagne d’Allemagne (Mars-Mai 1945)

 

Le 4e régiment de tirailleurs tunisiens fut la première unité française à fouler la terre d’Allemagne à la fin de la seconde guerre mondiale. Après avoir franchi le Rhin (4 avril 1945) il s’empara de Khinzenberg, de Nordheim, de Norhaussen et de Rohrbach. Les 6 et 7 avril, les villes de Lauffen, Nektar, Saulfeld et Harsbach furent investies par ces vigoureux soldats, qui continuèrent leur marche jusqu’à la forêt de Stuttgart. La prise des localités de Wurmberg, de Pérouse et d’autres positions de ce front leur permirent d’entrer dans la capitale du Bade-Wurtemberg où ils restèrent jusqu’au mois de juillet 1945. Au cours de cette campagne victorieuse, le régiment a perdu 433 hommes, dont 92 tués.

Un nombre élevé de Tunisiens (46 657) participèrent, aux côtés des Français, à la seconde guerre mondiale. Leurs pertes sont estimées à 13 612 hommes, entre tués, blessés et disparus, ce qui représente le tiers des effectifs. Les sources divergent quant au nombre exact des morts ; les chiffres oscillent entre 1465 et 1700, alors que les Français opérant au sein des unités tunisiennes ne déplorèrent que 700 victimes.

Au total, 110 000 combattants et 30 000 ouvriers-soldats tunisiens prirent part directement aux deux grands conflits mondiaux. Leurs pertes dépassèrent 25 000 hommes (tués, blessés, disparus). Engagés dans des guerres qui, au fond les concernaient fort peu, ils défendirent, néanmoins, crânement leur dignité de soldats, s’illustrèrent sur les champs de bataille d’Afrique, d’Europe et d’Orient et contribuèrent efficacement au succès des forces françaises et Alliées. Un rôle de premier plan, attesté par le grand nombre de citations et de décorations dont ils furent l’objet.

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