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L’armée romaine en Tunisie

L’armée romaine d’Afrique était principalement constituée par la troisième légion Auguste (Legio III Augusta) dont le camp se trouvait à Haidra. Elle comptait environ cinq mille hommes, qui passaient vingt-cinq ans en moyenne, sous les drapeaux. Les soldats des unités auxiliaires étaient recrutés au sein des nations africaines, notamment les Musulames et les Gétules, réputées pour leurs traditions guerrières et équestres, leur fougue et leur bravoure. Les cohortes, souvent mixtes (fantassins et cavaliers), comptaient entre mille et cinq cents combattants. Cette présence militaire massive avait permis aux empereurs Julio-Claudiens et Flaviens de briser la dissidence berbère et d’imposer ce que les historiens avaient pris l’habitude d’appeler la Pax romana.

Malgré les longues périodes de stabilité que le pays avait connues durant les deux premiers siècles de l’ère chrétienne, les bienfaits de la paix romaine ne touchèrent guère toutes les contrées. Les tribus autochtones spoliées de leurs terres, pour les distribuer à des colons venus d’Italie et d’autres horizons, des clans privés de leurs aires de parcours traditionnelles, attendaient le moment propice pour prendre de nouveau les armes et proclamer leur dissidence. Cette résistance berbère à la romanisation, active ou non déclarée, influença négativement l’édifice romain d’Afrique. La sédition contribua à affaiblir ses légions et y sema les divisions, ce qui entraîna la succession de rebellions de la fin du Bas-Empire.

L’anarchie interne entraîna l’effondrement rapide de tout l’édifice, patiemment édifié par les empereurs romains, sous les premiers coups que lui portèrent les Vandales. Ces tribus germaniques traversèrent le détroit de Gibraltar en 429 et marchèrent sur Carthage qu’elles occupèrent en 439. Elles fondèrent sur les décombres de l’ancienne province latine un royaume qui dura tout un siècle.

La disparition du pouvoir romain revigora les confédérations tribales autochtones assoiffées de liberté. Les clans refoulés vers les marges désertiques et arides mirent à profit cette situation pour retourner sur les terres de leurs ancêtres situées en deça du Limes. D’autres se proclamèrent indépendants et fondèrent des petits royaumes autonomes, à l’instar de ceux des Fraxes (Frashish) dans la région de Thelepte - Kasserine, ou de celui du chef berbère Antalas dans les monts du Centre tunisien.

La sédition et la lutte farouche des autochtones entraînèrent, ainsi, l’effondrement du pouvoir romain, puis, l’affaiblissement progressif du royaume vandale. Ce dernier fut à son tour emporté par la conquête byzantine (533) qui rattacha, de nouveau, l’ancien pays punique à l’Orient.

 

l’armée romaine installa dans les zones sensibles et stratégiques des unités combattantes permanentes. Leur principal lieu d’attache se trouvait à Ammaedara (Haïdra) dans les hautes steppes (Centre-Ouest), au cœur du pays des Musulames, le clan de Tacfarinas. D’autres cohortes furent cantonnées plus tard à Turris Tamalleni (Telmine), à Tisavar (Ksar Ghilane), au Centenarium Tibubuci (Ksar Tarcine), à Sidi Aouan et à Vezeros (Sidi Mohamed ibn Isa), afin de surveiller les mouvements des tribus nomades et semi-nomades du Sud, notamment les Gétules (Awlad Djadla) et les Chinitii (Awlad al-Shniti). Ces bases étaient les principales articulations d’une grande ligne fortifiée, voire une barrière, appelée Limes tripolitanus, formée de forts d’arrêt, de citadelles, de murailles et de fossés, allant de la frontière algérienne aux confins tuniso-tripolitains. Un nœud, très dense, de rocades reliait ces places fortes et assurait le bon cheminement des troupes au moment des troubles. La principale voie mettait en communication Ammaedara avec Tacapae (Gabès), en passant par les cités de Capsa (Gafsa), porte des steppes et capitale des Capsinii, et Thelepte (près de Fériana). Le tarif de Zarai, ainsi que les fermes fortifiées mises au jour dans la région, démontrent que le Limes était également une frontière culturelle et un outil par lequel Rome contrôla le riche commerce saharien et le négoce de la Berbérie occidentale.

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